L'OMIGNON

L'Omignon ne trouva son nom actuel qu'après le départ des Romains. Les anciennes chroniques latines lui donnaient un autre nom. Le romain Frégédaire l'appelait "Dalmanio". On trouve l'écriture de son nom sous cette forme : Aumignon.

Prenant sa source à Pontru dans l’Aisne , l’Omignon s’écoule sur près de 25 km (15 km dans la Somme, 9 km dans l’Aisne) pour rejoindre la Somme à Saint-Christ-Briost arrosant au passage la ville de Vermand. Quelques kilomètres après sa source, il est possible de se promener sur l'oppidum gaulois de Vermand.

L'Institut Géographique National rattache l'Omignon au canal de St Quentin, traversant ainsi les villages de Pontruet et de Bellenglise, comme faisant partie de son cours naturel. Mais la baisse des nappes phréatiques a asséché cette partie de son cours.

Sa vallée abrite quelques petits villages fort sympathiques (Villevêque, Caulaincourt, Monchy-Lagache, Devise, Ennemain etc.

L'Omignon tout au long de son parcours descend en pente régulière ce qui a permis l'installation de nombreux moulins.

Mais la Vallée de l’Omignon, c’est aussi un écrin de verdure, un espace préservé, riche de diversité...

HISTOIRE

A cause de son orientation Est-Ouest, la vallée, fut, de tout temps, un axe de circulation important.

Les fouilles opérées sur le tracé de l'autoroute A29 a confirmé l'occupation ancienne de cette région.

La majorité des structures mises à jour près de Vermand caractérise un établissement agricole gaulois daté du IIIe siècle avant notre ère. Outre cette occupation principale, des vestiges néolithiques, de l’âge du Bronze, du premier âge du Fer et gallo-romains ont également été reconnus.

L'oppidum gaulois de Vermand (dont les vestiges sont encore visibles aujourd’hui) existait avant que Jules César en l'an 58/57 avant Jésus-Christ n'envahisse la Gaule. Ces oppidums servaient à se défendre contre les attaques des tribus rivales. Ils ne résistèrent pas très longtemps à l'avancée des légions romaines. Vermand  était la capitale des "Virirmondui".

Seules quelques tribus comme les "Virimondui" refusèrent de se soumettre aux légions de Jules César.  Une fois la place forte conquise, on pense que Jules-César partit guerroyer contre des tribus belges insoumises.

En 1966, la découverte d'une villa gallo-romaine à Athies montre l'importance de l'influence romaine car ce genre de "villas" était une habitation assez élaborée pour les romains.

Après quelques siècles de "paix romaine", la vallée de l'Omignon était sur la route des invasions des Vandales en 407 puis de celle des Huns en 451.

A la chute de l'empire romain en 476, le Vermandois sera l'enjeu de luttes seigneuriales, les frontières évoluant au gré des annexions pacifiques et des guerres, Péronne et Saint-Quentin se partageant le siège des comtes successifs du Vermandois.

C'est pendant la période mérovingienne que Clotaire 1 er  après la victoire des Francs contre les Thuringiens, ramena la fille du roi Berthaire de Thuringe, Radegonde, comme butin de guerre dans sa villa d'Athies.

Radegonde après l'assassinat de son jeune frère par Clotaire 1 er s'enfuit et se consacra à Dieu en s'enfuyant à Noyon puis à Poitiers en 555.

En juin 687, à Tertry, Pépin duc d’Austrasie livre la bataille finale , ce qui allait permettre de mettre fin aux guerres fratricides des Mérovingiens, d’unifier les Francs, et de faire naitre une nouvelle dynastie : celle des Carolingiens.

En l'an 880/890, les Vikings, marins venant de Scandinavie, envahissent le Vermandois.

Des seigneurs locaux - Caulaincourt, Athies -  participèrent aux croisades : ainsi Hugues d'Athies au retour de la septième croisade fonde une maladrerie à Athies.

Les rois de France souhaitant affermir leur autorité entrèrent en guerre contre leurs vassaux: ce fut une période de troubles et de pillages.

LES TEMPLIERS

Des moines agriculteurs, les Templiers voulant réformer le pays, s'installèrent sur la rive droite de l'Omignon au hameau de Montescourt. Leur réussite engendra jalousie et cupidité et provoqua la chute des Templiers en 1311.

Un épisode de la Guerre de Cent ans, guerre de succession du trône de France revendiqué par Edouard III d'Angleterre concerne la vallée de l'Omignon: en 1411, le duc de Bourgogne Jean sans peur allant assiéger Ham vint loger à Monchy Lagache. La guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons ravagea le pays.

La guerre de Cent ans avec l'Angleterre se poursuivit avec la guerre avec les Espagnols qui occupaient la Flandre. On pense que c'est de cette époque que datent les souterrains, les "muches"; ils permettaient aux habitants de se cacher et de protéger leurs biens et leurs animaux.

Malgré le traité des Pyrénées de 1659, les Espagnols et les Bourguignons de Charles Quint continuèrent à saccager les villages de la vallée.

La fin du XVIIème siècle donna aux paysans une période de calme favorable au développement de l'agriculture. Elle était pratiquée par la rotation triennale des cultures et jachère : blé, avoine et jachère. Des nouvelles cultures font leur apparition plus rentables : trèfle, luzerne, colza, œillette sans oublier la culture du lin et du chanvre pour les fabriques locales.

Sous Napoléon 1er, le blocus continental provoque la culture et la transformation de la betterave à sucre. La première sucrerie fut créée près des ruines de la Chapelle de St Martin des Prés.

L'impact de la Révolution française de 1789 fut faible à part des actes de vandalisme. Un descendant d'une famille de Monchy Lagache laissa son empreinte dans l'histoire révolutionnaire, Gracchus Babeuf, idéaliste révolutionnaire et pourfendeur de la corruption. S'insurgeant contre les déviations de la Terreur et le génocide vendéen, il conspira; arrêté, il meurt sur l'échafaud le 28 mai 1797.

Une autre famille s'illustra, la famille de Caulaincourt. Gabriel, Louis marquis de Caulaincourt fut maréchal de camp sous la monarchie, lieutenant général sous la Révolution après avoir prêté serment à la Constitution : il repose au Panthéon.

Son frère Armand duc de Vicence resta jusqu'au bout fidèle à Napoléon. Après l'abdication de Napoléon, il retourna dans ses terres de Caulaincourt.

La guerre de 1870-71 ne fit pas beaucoup de dégâts dans les campagnes du Vermandois bien que le nombre de tués est assez important pour s'opposer à l'avancée prussienne. Pendant le siège de Péronne - qui tomba le 9 janvier 1871 - les habitants furent mis a contribution pour l'entretien des troupes: bestiaux, denrées, grains, fourrages sans parler des pillages. Les troupes prussiennes et françaises traversèrent la Vallée de l'Omignon - on trouve des tombes de soldats dans les cimetières de Tertry et Caulaincourt.

Les habitants de Pontru construisirent une grotte pour remercier Notre Dame de Lourdes de la protection qu'ils lui avaient demandée.

La guerre de 1914-1918 dévasta toute la vallée et les villages de Pontru à St Christ Briost. Après la bataille de la Somme et de Verdun, le Général allemand Hindenburg pour protéger son avance fit une grande zone de "terre brulée" inhospitalière pour les troupes françaises: tous les bâtiments furent incendiés et dynamités, les arbres abattus, les cloches emportées.

Jusque fin 1918, des combats violents impliquèrent des troupes allemandes, françaises, anglaises, australiennes, canadiennes...

La guerre de 1940-45 n'a pas été aussi dramatique pour la région. Dés le début de la guerre, l'aviation anglaise s'installe sur l'aérodrome de Mons en Chaussée. Les militaires occupent les maisons.

Devant l'avancée des troupes allemandes, les habitants évacuent. Les occupants réquisitionnent les habitants pour différents travaux. Les combats se concentrent autour de l'aérodrome de Mons en Chaussée pour sa destruction ou sa remise en service. Les troupes américaines prennent la place des allemands.

AGRICULTURE

Dans cette région comme dans toute la Picardie, les hommes préhistoriques y ont pratiqué la cueillette, la pêche, la chasse. Plus tard, les Celtes et les Gaulois s'y installèrent. Au Néolithique, les agriculteurs découvrent l'élevage avec la domestication du porc, mouton, bœuf et l'agriculture avec les céréales...

Du XIII ème au XVI ème  siècles, l'existence de vignobles est attestée par les nombreux lieux-dits sur les cadastres. Athies et Falvy avaient des crus réputés. Leur existence vient du besoin d'approvisionner les églises et monastères.

Une autre culture locale, la waide ou guède - plante bisannuelle pour la composition d'un colorant d'une belle couleur bleue -  a connu une production industrielle avec des moulins à waide à St Christ.

Plus tard vers la fin du XVIII ème  siècle le colza et l'œillette se répandirent dans le Vermandois. Il y avait un tordoir - moulin à huile - à Briost.

Pour remplacer la canne à sucre qui manque suite aux guerres napoléoniennes, en 1811, Napoléon prescrit l'ensemencement de 30 000 hectares de betteraves sucrières sur l'ensemble du pays. Parallèlement se développe la betterave fourragère pour la nourriture des bestiaux. Semés en ligne l'un et l'autre étaient l'objet de soins minutieux du semis à l'arrachage, comme le binage.

La venue de la betterave sera l'occasion de l'explosion industrielle de sa transformation dans la vallée de l'Omignon avec les sites d'Athies, Monchy Lagache, Cauvigny, Marteville, Pontru

Après la deuxième guerre mondiale, c'est une nouvelle révolution agraire qui transforme la vallée : remplacement des chevaux par les tracteurs et moissonneuses-batteuses, installation d'usines agro-alimentaires...